Neuroleptiques: l’enfer artificiel

Dans une étude sur l’évolution de l’intelligence sous neuroleptique, Veselinovic a évalué à la fois les résultats objectifs et le ressenti subjectif des cobayes.

C’était une étude à court terme, sur des sujets non-diagnostiqués, prenant des neuroleptiques pendant 8 jours.

Voici la description de l’évaluation subjective:

« Dans le but de prendre en compte les facteurs subjectifs influençant potentiellement les performances cognitives, une échelle analogique visuelle (VAS) a été appliquée. Il s’agit d’une méthode couramment utilisée pour évaluer simplement des scores subjectifs en recherche et en milieu clinique (Marsh-Richard et al., 2009). Habituellement, un VAS est une ligne droite horizontale de 100 mm. Ses extrémités sont étiquetées comme les limites extrêmes de la sensation, du sentiment ou de la réponse à mesurer. Un VAS est noté en mesurant la distance, généralement en millimètres, d’une extrémité de l’échelle à la marque laissée par le sujet sur la ligne. Dans notre étude, les participants ont été invités à évaluer leur niveau de fatigue (entre «pas du tout» et «le pire que je puisse imaginer»), leur capacité à se concentrer, leur bien-être général, leur motivation et leur capacité à effectuer n’importe quelle type d’activité (entre «le pire que je puisse imaginé» et «le mieux que je puisse imaginer»). Les échelles ont été appliquées quatre fois: au jour 0 (avant la première prise de médicament), au jour 5, au jour 8 (24 heures après la dernière prise de médicament, avec une tolérance autorisée de 2 heures) et au jour 15 (7 jours après la dernière prise de médicament). »

Voici quels furent les résultats:

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On observe une dégradation de tous les facteurs dans les groupes neuroleptiques pendant la prise du médicament, et un retour à la normal après à l’arrêt, d’approximativement 30 points.

Veselinović, T., Schorn, H., Vernaleken, I. B., Hiemke, C., Zernig, G., Gur, R., & Gründer, G. (2013). Effects of antipsychotic treatment on cognition in healthy subjects. Journal of psychopharmacology27(4), 374-385.

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Inefficacité TOTALE des neuroleptiques en cas de confusion mentale (delirium)

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Un essai clinique financé par le NIH suggère de reconsidérer les stratégies actuelles de traitement de la confusion mentale.

Les patients gravement malades dans les unités de soins intensifs ne bénéficiaient pas de deux médicaments antipsychotiques utilisés pour traiter la confusion mentale, selon un vaste essai clinique financé par l’Institut national du vieillissement, qui fait partie des Instituts nationaux de la santé. L’équipe multi-sites qui a mené l’essai n’a trouvé aucune preuve qu’un traitement par un antipsychotique – halopéridol ou ziprasidone – affectait le délire, la survie, la durée des soins intensifs, le séjour à l’hôpital ou la sécurité. Les résultats de l’étude sur la modification de l’impact de la dysfonction neurologique associée aux unités de soins intensifs – États-Unis (MIND-États-Unis) ont été publiés en ligne le 22 octobre 2018 dans le New England Journal of Medicine.

«C’est une preuve concluante de ce que nous considérons comme un essai clinique de référence qui montre que ces deux antipsychotiques ne permettent pas de traiter la confusion mentale lors d’une maladie grave», a déclaré Marie A. Bernard, directrice adjointe de la NIA, «Les antipsychotiques ont souvent été utilisés traiter la confusion mentale. Les preuves issues de cette étude suggèrent la nécessité de réexaminer cette pratique. » Bernard est également gériatre de la NIA.

La confusion mentale est une perturbation aiguë de l’attention et de la conscience avec des symptômes pouvant inclure une pensée et une agitation désorganisées. Plus de 7 millions d’Américains hospitalisés souffrent chaque année de confusion mentale. Il peut toucher des patients de tout âge, mais il est plus fréquent chez les personnes âgées atteintes d’une maladie grave – impliquant notamment un séjour en Unité de Soin Intensif (USI) – ou d’une intervention chirurgicale majeure.La confusion mentale est également associée à des coûts plus élevés en USI et à de multiples effets indésirables, tels que des séjours plus longs à l’hôpital, une déficience cognitive à long terme et le décès.

Les médicaments antipsychotiques ont été utilisés pendant 40 ans pour traiter la confusion mentale chez les patients en USI, sans que leur efficacité soit clairement comprise. Pour examiner la question du rapport bénéfice / risque de l’utilisation d’antipsychotiques pour le délire, les chercheurs de MIND USA, dirigés par E. Wesley Ely, MD, MPH, professeur de médecine au Vanderbilt University Medical Center de Nashville (Tennessee), directeur adjoint de la recherche pour le centre clinique d’éducation à la recherche gériatrique VA et codirecteur du centre CIBS (maladies graves, dysfonctionnement cérébral et survie) a examiné près de 21 000 patients dans 16 centres médicaux américains. Sur les 1 183 patients inscrits sous ventilation mécanique ou en état de choc, 566 sont devenus délirants et ont été randomisés en trois groupes: ceux qui ont reçu de l’halopéridol, de la ziprasidone ou un placebo (solution saline) par voie intraveineuse.

Les chercheurs n’ont trouvé aucune différence significative dans la durée du délire ou du coma chez les participants prenant de l’halopéridol ou de la ziprasidone par rapport au placebo. De même, il n’y avait pas de différence significative entre les participants sous antipsychotiques par rapport au placebo en termes de mortalité à 30 et 90 jours ou de durée sous ventilateur, en USI et à l’hôpital.

La population de l’étude comprenait des participants avec un large éventail d’âges, de conditions et de diagnostics d’admission. Dans l’ensemble, ils avaient un taux de survie à 30 jours de 73% et un taux de survie à 90 jours de 64%, ce qui reflète la nature grave de leur maladie. L’équipe de recherche n’a également trouvé aucune preuve de dommages majeurs causés par les antipsychotiques, mais elle a pris note d’autres recherches suggérant des préoccupations en matière de sécurité, y compris une augmentation de la mortalité, associées à l’utilisation d’antipsychotiques dans des populations gériatriques non soumises à une USI.

« Cette recherche s’ajoute à d’autres études importantes sur la confusion mentale, montrant qu’il est clairement nécessaire d’améliorer le traitement et la gestion de cette affection complexe », a déclaré Molly Wagster, Ph.D. chef de la branche des neurosciences du comportement et des systèmes de la division des neurosciences de la NIA. « Les grands essais randomisés comme celui-ci peuvent informer les cliniciens et aider à orienter les soins. »

Les chercheurs de MIND USA ont noté certaines preuves selon lesquelles des médicaments tels que la dexmédétomidine ou la mélatonine, étudiés dans le cadre de subventions octroyées par la NIA à d’autres chercheurs ( AG053582 et AG050850 ), peuvent réduire à la fois la prévalence et la durée de la confusion mentale. Les auteurs ont souligné que la réduction de la sursédation et l’amélioration de la mobilité précoce constituaient une autre stratégie.

Source: Common use of antipsychotics shown ineffective for delirium in intensive care patients

Selon l’OMS, 31% des étudiants sont des malades mentaux

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Où s’arrêtera la folie psychiatrique? Selon une étude de l’OMS publiée dans le Journal de la Psychologie Anormale, 31% des étudiants sondés étaient des malades mentaux au moins une fois au cours des 12 derniers mois.

Cette prévalence extraordinaire nous fait poser la question: pourquoi pas 50%? Ou même 100%?

Depuis que l’OMS a intégré la psychiatrie à l’ordre du jour, les maladies mentales sont régulièrement la préoccupation n° 1 de l’organisation, avec à l’appui des chiffres complètement fantaisistes fournis par des psychiatres non moins fantaisistes.

Les budgets suivront, et bientôt nous aurons plus d’argent pour les anxiolytiques, les antidépresseurs et les psychostimulants que pour les vrais médicaments qui soignent les maladies réelles comme les maladies infectieuses, les cancers ou les troubles cardiaques.

Nous nous dirigeons littéralement vers le Meilleur de Monde décrit par Aldous Huxley dans son roman, où une caste inférieure est droguée en permanence pour l’empêcher de se révolter, et que de manière générale, tout le monde, même la caste privilégiée, se drogue.

L’OMS se fait l’idiot utile et le complice de ce mouvement sinistre orchestré par l’industrie psychiatrique et pharmaceutique.

Existe-t-il une seule espèce animale dans laquelle un tiers des jeunes adultes se retrouve en état d’incapacité psychologique, et nécessite un traitement psychiatrique? Non, ça n’existe que chez l’humain, ça! Mais comment donc l’humanité survivait-elle lorsque la psychiatrie n’existait pas? C’est extraordinaire!

Mais jetez donc à la mer tous ces charlatans qui se prétendent docteurs! Ce n’est pas en mettant une blouse blanche à un trafiquant de drogue que vous le transformer subitement en personne honnête.

WHO World Mental Health Surveys International College Student Project: Prevalence and Distribution of Mental Disorders. (2018). Journal of Abnormal Psychology. (Link)

L’école est responsable de 12% des suicides chez les jeunes

Harcèlement scolaire, pression parentale, professeurs sadiques : Hansen (2011) constate que le taux de suicide juvénile aux États-Unis chute entre mai et juin de 20%, à la fin de l’année scolaire et réaugmente en septembre et octobre de 18%, mais seulement chez les moins de 18 ans.

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Fouillant les statistiques, il observe le même motif se répéter chaque année depuis 1980. Il exclue progressivement toutes les autres causes possibles de cette variation et conclut que seule l’école peut être tenue responsable de cet excès de mortalité chez les jeunes par suicide.

Lueck (2015) constate que les hospitalisations psychiatriques d’urgence pour danger envers soi-même, tentative de suicide, idéations suicidaires, danger envers les autres, idéations meurtrières sont deux fois plus fréquente pendant les semaines d’école que pendant les semaines de vacances.

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« 5150 » est un mot de code pour dire « hospitalisation sous contrainte ».

Il y a 14 à 15 semaines de vacances par an à Los Angeles, où l’étude a été menée. L’école est ainsi associée à 55 % des hospitalisations pour violence ou auto-violence pendant les périodes scolaires et à 46 % toute l’année.

Lueck a analysé les hospitalisations sous contrainte de 3223 enfants à l’échelle municipale.

Plemmons (2018) constate une augmentation des hospitalisations sous contrainte des enfants pour idéations suicidaires ou tentatives de suicide, avec toujours un creux significatif pendant les vacances.

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Tendance annuelle des internements pour idéations suicidaires ou tentatives de suicide dans 31 hôpitaux pour enfants

Il y a deux fois plus d’hospitalisations en octobre qu’en juillet.

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Tendance mensuelle des internements pour idéations suicidaires ou tentatives de suicide dans 31 hôpitaux pour enfants.

Plemmons a analysé 115 856 hospitalisations à l’échelle nationale (au États-Unis).

Entre 2008 et 2015, Plemmons observe également pour les enfants une augmentation des hospitalisations psychiatriques de 43% (963 919 à 1 376 498) tous diagnostics confondus, et de 292% (6392 à 25 085) pour les idéations suicidaires et les tentatives de suicide.

Bibliographie:

Hansen B , Lang M (2011). Back to school blues: Seasonality of youth suicide and the academic calendar. Economics of Education Review 30 (2011) 850– 861. 10.1016/j.econedurev.2011.04.012

Lueck C et al. (2015) Do emergency pediatric psychiatric visits for danger to self or others correspond to times of school attendance? American Journal of Emergency Medicine 33 (2015) 682–684. 10.1016/j.ajem.2015.02.055

Plemmons G, Hall M, Doupnik S, et al. (2018) Hospitaliza­tion for Suicide Ideation or Attempt: 2008–2015. Pediatrics. 2018;141(6):e20172426

 

Maths derrière le sevrage avec une injection retard

Supposons que vous ayez une injection de 141,04 mg de Décanoate d’halopéridol, ce qui correspond à 100 mg d’halopéridol, ou plus simplement 100 mg d’haldol. Quelle est la dose dans votre organisme, trois semaines plus tard? 50 mg d’haldol, la moitié, puisque la demi-vie de l’haldol injectable est de 3 semaines.

Mais combien d’haldol avez-vous dans le corps après une semaine par exemple?

La réduction de la dose d’haldol dans votre corps suit une loi exponentielle décroissante, c’est-à-dire que la dose est divisée par tant tous les X temps. Ici, la dose d’haldol est divisée par 2 toutes les trois semaines.

Donc chaque semaine, la dose est divisée par un certain nombre que nous ne connaissons pas. Appelons-le x.

Semaine 1: 100 mg ÷ x = ?

Semaine 2: 100 mg ÷ x ÷ x = ?

Semaine 3: 100 mg ÷ x ÷ x ÷ x = 50 mg.

En effet, on sait que la troisième semaine la dose est divisée par 2 puisque c’est la demi-vie. Donc:

<=> 100 mg ÷ x ÷ x ÷ x = 100 mg ÷ 2 = 50 mg

<=> 100 mg ÷ (x × x × x) = 100 mg ÷ 2

<=> x × x × x = 2

<=> x ^ 3 = 2

<=> x = ∛2  = 2 ^ (1/3)

Donc chaque semaine, la dose est divisée par ∛2 ou 2 ^ (1/3).

Vérifions:

<=> 100 mg ÷ 2 ^ (1/3) ÷ 2 ^ (1/3) ÷ 2 ^ (1/3) = 100 mg ÷ 2

<=> 100 mg ÷ [2 ^ (1/3) × 2 ^ (1/3) × 2 ^ (1/3)] = 100 mg ÷ 2

<=> 100 mg ÷ [2 ^ (1/3 + 1/3 + 1/3)] = 100 mg ÷ 2

<=> 100 mg ÷ 2 ^ 1 = 100 mg ÷ 2

<=> 100 mg ÷ 2 = 100 mg ÷ 2

C’est bon, on retombe bien sur nos pieds!

Maintenant, comment calculer la dose quotidienne consommée par l’organisme? D’abord, il nous faut calculer la dose totale présente chaque jour dans le corps, puis faire la soustraction d’un jour sur l’autre.

Commençons par la dose totale présente dans le corps le jour 0 et le jour 1. On utilise le même raisonnement que précédemment.

Jour 0: aucun calcul à faire: la dose est de 100 mg.

Jour 1: Il y a 21 jours en trois semaines. Donc x est égal à la racine vingt-et-unième de 2 ou 2 ^ (1/21).

100 ÷ 2 ^ (1/21) = 96,75

Reste plus qu’à faire la soustraction:

100 – 96,75 = 3,25

La dose de neuroleptique consommée pendant les 24h suivant l’injection est de 3,25 mg.

Avec une feuille de calcul, vous pouvez automatiser: vous calculez d’abord la dose au jours J puis vous faites la soustraction avec la dose J+1.

Ainsi vous obtenez:

semaine 0: 3,25 mg,

semaine 1: 2,58 mg,

semaine 2: 2,05 mg,

semaine 3: 1,62 mg (demi-vie),

etc.

Revenons à la dose que vous avez dans l’organisme: au bout de 4 semaines, elle est de:

<=> 100 mg / 2 ^ (1/3 + 1/3 + 1/3 + 1/3)

<=> 100 mg / 2 ^ (4/3) = 40 mg

Vous réaugmentez la dose de 50 mg (nouvelle injection), vous avez donc 90 mg dans le corps.

À nouveau, la dose diminue pendant quatre semaines:

90 mg / 2 ^ (4/3) = 36 mg

Vous réaugmentez de 50 mg, vous avez donc 86 mg dans le corps.

Et ainsi de suite.

Au bout d’un certain temps, 16 semaines environ, votre dose va slalomer entre deux valeurs: 83 et 33 mg, juste avant et juste après l’injection. Ce sont les valeurs qu’il faut prendre en compte.

Ainsi si vous avez pris du 50mg pendant au moins 16 semaines toutes les 4 semaines, et que maintenant vous arrêtez, vous aurez le tableau régressif suivant:

Événements injection demi-vie demi-vie demi-vie
temps (semaines) 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9
dose dans l’organisme après la dernière injection de 50 mg (mg) 83 66 52 42 33 26 21 16 13 10
dose quotidienne consommée après la dernière injection de 50 mg (mg) 2,69 2,14 1,70 1,35 1,07 0,85 0,67 0,53 0,42 0,34

Vous pouvez constater que vous passez en-dessous de 1 mg dès la 5ème semaine, ce qui est tout à fait satisfaisant selon Viguera (1997). Cependant, vous devez être très prudent pendant au moins 14 semaines, Viguera ayant trouvé une recrudescence des rechutes au alentour de la 10ème semaine.

Ainsi, vous êtes paré pour calculer la déplétion de votre dose quotidienne en fonction de la dose injectée et de la demi-vie du produit. Cela reste des données très théoriques qui dépendent de votre métabolisme et de votre activité physique.

Cependant vous faire un tel tableau vous permet de vous repérer dans votre sevrage, et adapter la dose si jamais vous voulez reprendre un cachet de neuroleptique (insomnie, inquiétudes…).

N’oubliez pas non plus que même en sevrage progressif, il y a un taux de rechute de 35% en 14 semaine (Viguera, 1997), et de 43% en 18 mois (Wunderink, 2007). Par comparaison, le taux de rechute en traitement continu est de 21% en 18 mois (Wunderink, 2007).

Avec le sevrage, vous aurez immédiatement moins d’effets secondaires , mais les bénéfices sur la psychose ne se feront sentir qu’à long terme, après quelques années.

relapse rate short and long time

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ATTENTION, je ne suis pas médecin: les calculs ci-dessus doivent être vérifiés avec attention avant la prise de décision. Ayez l’esprit critique!

Bibliographie:

Adele C. Viguera, MD; Ross J. Baldessarini, MD; James D. Hegarty, MD, MPH;
Daniel P. van Kammen, MD, PhD; Mauricio Tohen, MD, DrPH (1997). Clinical Risk Following Abrupt and Gradual Withdrawal of Maintenance Neuroleptic Treatment. Arch Gen Psychiatry. 1997;54:49-55

Wunderink, L. and all (2007). Guided Discontinuation Versus Maintenance treatement in Remitted First-Episode Psychosis: Relaps Rates and functional Outcome. The Journal of clinical psychiatry. 2007;68(5):654-661 Repéré à http://www.psychodyssey.net/wp-content/uploads/2014/01/Guided-Discontinuation.pdf

Wunderink, L., Nieboer, R., M.,Wiersma, D., Sytema, S. (2013) Recovery in Remitted First-Episode Psychosis at 7 Years of Follow-up of an Early Dose Reduction/Discontinuation or Maintenance Treatment Strategy. JAMA Psychiatry. 2013; 70(9):913-920. doi:10.1001/jamapsychiatry.2013.19. Repéré à http://jamanetwork.com/journals/jamapsychiatry/fullarticle/1707650

Pourquoi les injections-retards sont bonnes pour le sevrage…

… mais pas pour le traitement.

Tout est question de demi-vie. Beaucoup de neuroleptiques-retards ont une demi-vie de 3 semaines, c’est-à-dire que la dose de neuroleptique diminue de moitié dans votre organisme en trois semaines.

Ainsi, si vous prenez une injection d’haldol de 100mg, 3 semaines plus tard il reste 50mg dans votre organisme. 50mg d’haldol se sont progressivement diffusés dans votre organisme. Si la semaine suivante (quatrième semaine), vous prenez une nouvelle injection de 50mg, comme c’est la posologie standard, la dose d’haldol remonte à 90mg, puis diminue encore pendant quatre semaines, jusqu’à 36mg.

Au bout de 16 semaines, vous faites le yoyo entre 83mg et 33mg, et ce sera comme ça tant que vous prendrez des injections de 50mg.

Ainsi, contrairement à ce qu’on pourrait penser, les injections mensuelles ne se diffusent pas du tout de façon homogène tout au long du traitement. Juste avant l’injection, la dose est 60% inférieure à celle qu’elle est après l’injection. Voici le tableau de la dose de neuroleptique que vous avez chaque semaine en fonction du temps:

événement injection de 100mg Demi-vie injection de 50mg injection de 50mg injection de 50mg injection de 50mg
temps (semaines) 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16
dose dans l’organisme après l’injection (mg) 100 79 63 50 90 71 56 45 86 68 54 43 84 67 53 42 83
dose dans l’organisme avant l’injection (mg) 0 79 63 50 40 71 56 45 36 68 54 43 34 67 53 42 33
dose quotidienne consommée après l’injection (mg) 3,25 2,58 2,05 1,62 2,91 2,31 1,83 1,46 2,78 2,21 1,75 1,39 2,73 2,16 1,72 1,36 2,71
dose quotidienne consommée avant l’injection (mg) 0 2,58 2,05 1,62 1,29 2,31 1,83 1,46 1,16 2,21 1,75 1,39 1,10 2,16 1,72 1,36 1,08

Comme vous le voyez, vous vous tapez un mini sevrage tous les mois avec ce genre de posologie.

Par contre, ce qui n’est pas terrible pour ce prétendu traitement « continu », est excellent pour le sevrage. La dose de neuroleptique diminue progressivement dans le sang, étant divisé par deux toutes les trois semaines.

Supposons que vous soyez chargé comme un mulet et qu’on vous injecte une dose de 200 mg toutes les quatre semaines depuis au moins 7 mois. La dose maximale dans votre organisme est donc de 332 mg.

Voici le tableau de la diminution:

Événements injection demi-vie demi-vie demi-vie demi-vie dose vraiment négligeable
temps (semaines) 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14
dose dans l’organisme après la dernière injection de 50 mg (mg) 332 264 209 166 132 105 83 66 52 42 33 26 21 16 13
dose quotidienne consommée après la dernière injection de 50 mg (mg) 10,78 8,56 6,79 5,39 4,28 3,40 2,69 2,14 1,70 1,35 1,07 0,85 0,67 0,53 0,42

Ainsi donc, arrêter les injections retard est une technique vraiment fiable et vraiment pratique pour le sevrage. En guise de sécurité, vous devriez vous faire prescrire des cachets faibles doses de neuroleptique, à prendre « en cas de besoin », afin de parer à tout risque de syndrome de sevrage.

Voici les résultats de l’analyse Viguera (1997) à propos de l’efficacité du sevrage progressif (dont l’injection retard) par rapport au sevrage brutal:

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Figure 3: Pourcentage de « survie » des patients schizophrènes dont les conditions sont restées stables après l’arrêt brusque du traitement neuroleptique (n = 49) par rapport à l’arrêt progressif (ou arrêt des injections à effet retard [n = 58]), sur la base de rapports pour les deux même études (AI Green, MD, SV Faraone, PhD, WA Brown, MD, J. Guttierez, MD, et MT Tsuang, MD, DSc, Ph.D., communications orales et écrites, juin 1995). Le risque était plus élevé chez les patients qui ont été retirés brutalement χ2 = 11,1, P <0,001), dont 50% ont rechuté en 2,5 mois, alors que les patients [qui ont arrêté progressivement] n’ont pas atteint ce niveau.
Dans cette analyse, au bout de 24 semaines, le taux de rechute des personnes arrêtant progressivement les neuroleptiques était de 35%, tandis celui des personnes arrêtant brusquement était de 65%.

MISE EN GARDE: je ne suis pas médecin et cet article peut contenir des erreurs. Vous prenez la décision du sevrage sous votre propre responsabilité, si possible avec le conseil ou l’assistance d’un médecin.

Bibliographie:

Adele C. Viguera, MD; Ross J. Baldessarini, MD; James D. Hegarty, MD, MPH;
Daniel P. van Kammen, MD, PhD; Mauricio Tohen, MD, DrPH (1997). Clinical Risk Following Abrupt and Gradual Withdrawal of Maintenance Neuroleptic Treatment. Arch Gen Psychiatry. 1997;54:49-55

ANSM, (2017). HALDOL DECANOAS, solution injectable, 50 mg.